Politiques détaillées

Lutter contre l’antisémitisme au Québec

Une stratégie provinciale axée sur l’éducation, la sécurité communautaire, l’application cohérente de la loi et la reddition de comptes.

1. Résumé

L’antisémitisme touche depuis longtemps les communautés juives du Québec, du Canada et du monde entier. Depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023, les incidents ont toutefois fortement augmenté, et de nombreuses familles juives, écoles, synagogues et institutions communautaires ne se sentent plus en sécurité. À l’échelle nationale, les Canadiens juifs ont été la cible de plus de 70 % des crimes haineux motivés par la religion signalés en 2025, alors qu’ils représentent environ 1 % de la population. À Montréal, les résidents juifs représentaient 74 % (212 sur 287) des crimes et incidents haineux recensés par le SPVM visant, ensemble, les communautés juives et arabes ou musulmanes de la ville dans l’année suivant le 7 octobre 2023. Durant cette période, des synagogues et des écoles juives ont également subi des attaques incendiaires, des coups de feu et des confinements. Les signalements de harcèlement, d’intimidation, de vandalisme, d’injures racistes, de menaces et de manifestations perturbatrices ont ébranlé la confiance dans la cohérence de l’intervention des autorités publiques et dans l’application égale de la loi.

Cette stratégie propose un plan provincial clair, axé sur la prévention, l’éducation, l’application de la loi et la reddition de comptes. Elle préconise un meilleur enseignement de l’Holocauste et de l’antisémitisme à tous les niveaux scolaires, l’application concrète d’une définition de travail commune de l’antisémitisme, une meilleure coordination avec la police et les institutions publiques, une publication normalisée des résultats et des conséquences plus fermes pour les actes criminels motivés par la haine. Elle affirme aussi que la manifestation pacifique est protégée, mais que l’intimidation, la violence et la glorification du terrorisme ne le sont pas.

2. Objectifs de la politique

  • Réduire les incidents antisémites par l’éducation, la sensibilisation et la prévention.

  • Protéger les écoles juives, les synagogues et les institutions communautaires.

  • Renforcer la réponse au harcèlement, aux menaces, au vandalisme et à la violence motivés par la haine.

  • Favoriser une application cohérente des lois existantes, assortie d’une reddition de comptes publique et mesurable.

  • Améliorer la reddition de comptes des institutions financées par l’État, y compris les établissements postsecondaires, les associations étudiantes et les fournisseurs de services essentiels.

  • Veiller à ce que les services essentiels financés par l’État demeurent politiquement neutres et sûrs pour toutes les personnes qui en dépendent.

  • Promouvoir la cohésion sociale et la sécurité publique de tous les Québécois.

3. Stratégie québécoise de lutte contre l’antisémitisme

Le gouvernement du Québec devrait créer une stratégie provinciale de lutte contre l’antisémitisme, avec des rapports annuels, des objectifs mesurables et une consultation continue des organismes communautaires juifs, des éducateurs, des corps policiers et de la société civile.

Un petit bureau provincial ou un ministère responsable devrait coordonner la stratégie afin de suivre les incidents, d’appuyer sa mise en œuvre et de rendre compte publiquement des progrès.

4. Une définition de travail : mettre en pratique celle de l’AIMH

Le Québec a déjà reconnu la définition de travail de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (AIMH), comme le gouvernement fédéral et la plupart des autres provinces. Il doit maintenant donner suite à cette reconnaissance. Le Québec devrait intégrer officiellement la définition de travail de l’AIMH, y compris ses exemples illustratifs, à titre d’outil éducatif et interprétatif non contraignant sur le plan juridique. Les institutions publiques, les éducateurs, la police, les procureurs et les organismes financés par l’État pourraient ainsi mieux reconnaître et comprendre l’antisémitisme et appliquer de manière cohérente les politiques et les lois existantes lorsqu’il pourrait être en cause.

L’antisémitisme contemporain peut se manifester par la haine ou l’hostilité envers les Juifs, individuellement ou collectivement, mais aussi par des propos et des actes liés à Israël et au sionisme qui diabolisent les Juifs, reprennent des stéréotypes antisémites ou leur attribuent une responsabilité collective, leur refusent des droits reconnus à d’autres peuples, ou correspondent autrement aux exemples contemporains recensés par l’AIMH. Une définition de travail commune offre aux éducateurs, aux policiers et aux institutions un point de référence pour reconnaître ces situations. L’AIMH précise expressément que « critiquer Israël comme on critiquerait tout autre État ne peut pas être considéré comme de l’antisémitisme ». Son application doit toujours tenir compte du contexte global, et un comportement ne devient pas illégal du seul fait qu’il peut être qualifié d’antisémite selon l’AIMH.

5. Éducation et sensibilisation

Le Québec devrait renforcer l’enseignement de l’Holocauste et de l’antisémitisme dans tout le système scolaire. Cela devrait comprendre :

  • Un enseignement de l’Holocauste au primaire et au secondaire, adapté à l’âge et au niveau scolaire.

  • La formation des enseignants et la mise à jour des ressources pédagogiques.

  • Des modules de sensibilisation au postsecondaire sur les mouvements haineux, l’extrémisme et la cohésion sociale.

Le Québec devrait travailler avec le Musée de l’Holocauste Montréal, les organismes communautaires juifs, les historiens, les éducateurs et les partenaires de la société civile afin de concevoir un enseignement adapté au Québec sur l’Holocauste et l’antisémitisme. Cet enseignement devrait aborder l’histoire et l’évolution de la haine envers les Juifs, les manifestations contemporaines de l’antisémitisme dans l’ensemble du spectre idéologique, les théories du complot et les stéréotypes antisémites, la déformation et la négation de l’Holocauste, ainsi que les manifestations antisémites liées à Israël et au sionisme. Le gouvernement fédéral finance déjà ce type de travail : le Programme du multiculturalisme et de lutte contre le racisme de Patrimoine canadien a engagé près de 500 000 $ dans un projet pluriannuel de recherche sur l’enseignement de l’Holocauste et de l’antisémitisme, établi au Musée et se poursuivant jusqu’en 2029. Le Québec devrait s’appuyer sur cet investissement fédéral plutôt que de le dédoubler, et travailler avec le Musée et ses partenaires universitaires pour que des ressources pédagogiques propres au Québec soient produites directement grâce à cette recherche.

6. Fonds pour la sécurité communautaire

Le Québec devrait créer ou élargir un fonds de sécurité destiné aux institutions exposées à un risque élevé de menaces motivées par la haine, notamment les synagogues, les écoles et les centres communautaires. Les dépenses admissibles devraient comprendre :

  • Les caméras de sécurité et les systèmes de surveillance.

  • Les points d’accès contrôlés.

  • Les systèmes d’intervention d’urgence.

  • Les autres améliorations physiques approuvées à des fins de sécurité.

L’objectif est simple : aider les institutions vulnérables à se protéger avant qu’un incident survienne. Il s’agit aussi d’une question de coût public, et non seulement de sécurité communautaire : Montréal a dépensé à elle seule près de 9 millions de dollars en heures supplémentaires de police pour des manifestations et des interventions de sécurité liées au conflit Israël–Gaza au cours de l’année suivant le 7 octobre 2023. Investir dans la prévention, c’est aussi réduire ces coûts de réaction à long terme.

7. Coordination des crimes haineux, transparence de l’application de la loi et données

Le Québec devrait établir une fonction spécialisée et coordonnée à l’échelle provinciale en matière de crimes haineux afin d’améliorer l’échange de renseignements, de suivre les tendances et de soutenir les enquêtes sur l’intimidation organisée ou les infractions répétées motivées par la haine. Cette fonction travaillerait avec les services policiers, les procureurs et les partenaires communautaires pour que les menaces, le harcèlement, le vandalisme et la violence soient traités rapidement et de façon cohérente. Le Module des crimes et incidents haineux du SPVM — trois enquêteurs chargés des enquêtes et des accusations, ainsi que deux analystes chargés de consigner et de quantifier les incidents — constitue un point de départ utile, mais son action s’arrête aux limites de Montréal. La Colombie-Britannique exploite déjà la seule unité provinciale canadienne consacrée aux enquêtes sur les crimes haineux. Le Québec devrait se doter d’une capacité équivalente afin que les corps policiers de toute la province, et non seulement ceux de Montréal, disposent d’une expertise spécialisée.

La cohérence exige de la transparence. Le Québec devrait obliger les services policiers et les procureurs à publier régulièrement, selon une méthode normalisée et dans le respect de la vie privée et de l’équité procédurale, la façon dont les incidents antisémites et les autres incidents motivés par la haine sont recensés, font l’objet d’accusations ou de renvois, sont poursuivis et sont résolus. Ce manque de données est réel : le rapport annuel 2024 du SPVM indiquait une hausse de 6 % des crimes haineux et de 18 % des incidents haineux à Montréal, mais ne ventilait les chiffres qu’en grandes catégories — origine ethnique ou nationale, religion et genre — sans préciser combien d’incidents visaient la communauté juive ni ce qu’il est advenu de ces dossiers. Des conseillers municipaux de Montréal ont publiquement dénoncé ce manque de détail comme un obstacle à la reddition de comptes.

Un tableau de bord public normalisé comblerait cette lacune. Le Québec devrait publier un rapport annuel sur l’antisémitisme et les incidents haineux réunissant les données de la police, des écoles, des universités, des institutions publiques et des fournisseurs de services financés par l’État. Des catégories claires devraient distinguer les infractions criminelles haineuses, les incidents haineux, la discrimination institutionnelle, le vandalisme, le harcèlement, les menaces et l’intimidation, et indiquer la communauté visée dans chaque cas. C’est précisément ce degré de détail qui manque actuellement dans les rapports publics du Québec, tant provinciaux que municipaux.

8. Antisémitisme numérique et en ligne

Une grande partie du harcèlement antisémite auquel font face aujourd’hui la communauté juive et les étudiants juifs du Québec se déroule en ligne : divulgation malveillante de renseignements personnels, harcèlement coordonné, usurpation d’identité et glorification du terrorisme sur les réseaux sociaux. La fonction de coordination des crimes haineux créée par cette stratégie devrait recevoir les signalements de haine en ligne, pouvoir repérer les campagnes de harcèlement coordonnées et renvoyer à la police et aux procureurs les cas qui franchissent un seuil criminel. Les institutions financées par l’État devraient appliquer leurs règles de conduite et leurs procédures disciplinaires au harcèlement en ligne, afin que les actes visant les étudiants, le personnel ou le corps professoral soient traités de façon cohérente, qu’ils se produisent en personne ou en ligne.

L’enseignement sur l’antisémitisme et l’extrémisme devrait comprendre la littératie numérique, expliquer comment la désinformation antisémite se propage et montrer comment reconnaître et signaler les campagnes de harcèlement coordonnées. Les personnes ciblées par la haine en ligne devraient disposer d’un seul canal clairement identifié pour signaler les faits et les documenter, plutôt que de devoir naviguer séparément entre les plateformes, la police et leur établissement. Lorsque des actes en ligne relèvent de la compétence fédérale, le Québec devrait les transmettre aux autorités fédérales selon le protocole décrit à la section 15.

9. Application de la loi

Les lois existantes interdisent déjà les menaces, le harcèlement, le vandalisme et les actes criminels motivés par la haine. Le Québec devrait veiller à leur application cohérente et accorder aux infractions motivées par la haine l’attention qu’elles méritent, notamment au moyen de ressources spécialisées en poursuite pour les affaires concernant :

  • Les menaces ou la violence envers les communautés religieuses.

  • Le harcèlement criminel et l’intimidation.

  • Le vandalisme et les dommages matériels.

  • Les activités organisées motivées par la haine.

Le Québec ne partirait pas de zéro. En août 2026, l’Ontario a créé la première unité canadienne spécialisée dans les poursuites pour crimes haineux, composée de procureurs de la Couronne expérimentés dans ces dossiers et travaillant directement avec la police pour améliorer le dépôt des accusations et les poursuites, après l’approbation unanime de l’idée par son assemblée législative. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec devrait établir une capacité spécialisée équivalente en s’inspirant de ce modèle.

Le message doit être clair : la manifestation pacifique est protégée, mais les actes criminels ne le sont pas.

10. Responsabilité des établissements postsecondaires

Les collèges et les universités financés par l’État doivent demeurer des lieux sûrs pour les étudiants, le personnel et le corps professoral. Ces établissements devraient être tenus de :

  • Maintenir des règles de conduite claires.

  • Signaler les incidents liés à la haine de manière transparente.

  • Appliquer les procédures disciplinaires de façon cohérente.

  • Collaborer avec la police lorsqu’un acte criminel est en cause.

La reddition de comptes liée au financement doit avoir des effets concrets. Le financement public devrait être conditionnel au respect de normes fondamentales de sécurité, de non-discrimination et de neutralité politique. Les établissements qui manquent de façon répétée à leur obligation de protéger les étudiants, les membres du personnel ou du corps professoral juifs, ou tout autre groupe protégé, devraient être soumis à des plans de redressement obligatoires, à un examen indépendant et, lorsque ces mesures ne suffisent pas, à des conséquences financières. En cas de manquements répétés aux normes fondamentales, le Québec devrait pouvoir réexaminer le financement provincial et exiger des mesures correctives.

11. Neutralité politique des services essentiels

Les services essentiels financés par l’État — hôpitaux, écoles, refuges, centres de crise, organismes de services sociaux, fournisseurs de soins communautaires, services d’urgence et organismes sans but lucratif offrant des services publics essentiels — existent pour servir toutes les personnes qui en ont besoin. Le Québec devrait exiger que ces fournisseurs demeurent politiquement neutres dans la prestation des services. Nul ne devrait se demander s’il sera traité équitablement lorsqu’il demande des soins, de la sécurité, une éducation, un soutien au logement, une aide d’urgence, des services de counseling, un traitement médical ou une intervention de crise en raison de son identité ou de ses convictions, notamment parce qu’il est juif, sioniste, israélien, lié à Israël ou qu’il défend une position particulière sur un conflit étranger.

Les organismes financés par l’État devraient être tenus de :

  • Fournir des services sans discrimination ni parti pris envers les opinions, sans imposer aux clients, patients, étudiants, résidents ou usagers de critères d’adhésion politique, quels que soient leurs origines ou leurs points de vue.

  • S’abstenir d’utiliser les installations financées par l’État, les communications officielles, le temps du personnel, les réseaux sociaux institutionnels ou les ressources publiques pour appuyer, promouvoir ou mener une campagne sur des conflits géopolitiques étrangers, sauf lorsque cela est directement lié à leur mandat légal.

  • Veiller à ce qu’aucun client, étudiant, membre du personnel ou usager ne soit exclu, intimidé ou amené à se sentir en danger en raison de son identité, de ses liens avec Israël ou de son refus d’adopter une position politique antisioniste. Il s’agit de la même protection à laquelle chaque Québécois a droit, quelle que soit sa position personnelle sur un conflit étranger.

  • Adopter des mécanismes de plainte clairs et accessibles pour toute personne qui subit de la discrimination, une contrainte idéologique ou une prestation politisée de services.

Lorsqu’un fournisseur de services essentiels financé par l’État enfreint ces normes, le Québec devrait exiger des mesures correctives, une reddition de comptes publique et, au besoin, un examen du financement. Le principe est simple : les services essentiels servent le public, et non un camp dans un conflit étranger. Les Québécois juifs, comme tous les Québécois, doivent pouvoir obtenir des soins, de la sécurité, une éducation et du soutien sans peur, hostilité ni pression idéologique.

12. Protéger les institutions vulnérables contre l’intimidation

Les manifestations sont protégées par la Constitution au Québec, mais elles ne devraient pas pouvoir bloquer, cibler ou intimider les personnes qui entrent dans les écoles, les lieux de culte, les centres communautaires, les hôpitaux, les refuges ou d’autres lieux de services essentiels, ou qui en sortent. La manifestation pacifique doit demeurer protégée, mais l’intimidation ciblée des communautés vulnérables aux abords des institutions essentielles ou religieuses ne devrait pas être tolérée.

Cette préoccupation est bien réelle. Des conseillers municipaux de Montréal et des maires de banlieue ont déjà demandé des lois établissant des zones tampons après que des manifestations eurent bloqué des rues résidentielles et croisé le chemin de fidèles à l’extérieur d’une synagogue de Snowdon en 2026. Parallèlement, certains avocats montréalais qui représentent la communauté dans ces dossiers soutiennent que les outils existants du Code criminel suffisent s’ils sont appliqués de façon cohérente. Ils rappellent aussi qu’un tribunal québécois a invalidé le règlement montréalais P-6 sur les manifestations, datant de 2012, parce qu’il était trop large. Le Québec devrait tirer les leçons de ce précédent : toute zone tampon devrait être définie étroitement, à une distance fixe et modeste des entrées des institutions vulnérables, et ne s’appliquer que pendant les heures d’utilisation active, plutôt que de restreindre généralement les manifestations dans les environs. C’est l’approche qui a permis à des lois semblables sur les zones d’accès protégeant d’autres lieux sensibles de résister à des contestations judiciaires.

13. Soutien aux victimes et aux communautés

Le Québec devrait soutenir les victimes de harcèlement, de menaces, de vandalisme, de violence et de discrimination institutionnelle antisémites. Ce soutien devrait comprendre des voies de signalement tenant compte des traumatismes, de l’aide pour s’orienter dans le système juridique, des aiguillages vers des services de santé mentale et des services de liaison pour les familles, les étudiants, les aînés et les institutions communautaires touchés.

14. Associations étudiantes et syndicats sur les campus

Les associations étudiantes et les syndicats des collèges et universités du Québec occupent une position juridique particulière : l’adhésion y est obligatoire, ils perçoivent des cotisations obligatoires de tous les étudiants d’un établissement et exercent un véritable pouvoir de gouvernance sur la vie étudiante et le financement. Pourtant, ils sont constitués comme personnes morales privées et autonomes en vertu de la partie III de la Loi sur les compagnies, plutôt que comme organismes publics.

Cette situation crée une lacune précise en matière de reddition de comptes. Un agent d’accréditation nommé par le Ministère accorde l’accréditation lors de la création ou de la reconfirmation d’une association, mais aucun organisme provincial n’examine ensuite sa conduite de façon continue. Le Registraire des entreprises vérifie seulement la mise à jour des déclarations de la personne morale, tandis que la compétence du Protecteur du citoyen s’étend aux ministères et aux organismes publics, et non aux associations privées constituées sous la partie III. Ainsi, un étudiant victime de discrimination ou de harcèlement de la part de sa propre association, ou témoin de l’utilisation de ses cotisations obligatoires à des fins motivées par la haine, ne dispose d’aucun bureau provincial clairement désigné pour déposer une plainte. Il ne lui reste que les tribunaux : une voie lente, coûteuse et inaccessible pour la plupart des étudiants.

Le Québec devrait combler cette lacune en désignant une voie de plainte claire : soit élargir le mandat de l’agent d’accréditation du Ministère afin qu’il reçoive et achemine les plaintes concernant la conduite des associations accréditées, soit étendre aux associations étudiantes accréditées exerçant une fonction quasi publique le cadre du Protecteur national de l’élève et des protecteurs régionaux de l’élève en place pour les établissements depuis 2023.

15. Cadre constitutionnel et coordination fédérale

Cette proposition respecte les compétences du Québec en matière d’éducation, d’administration de la sécurité publique, d’institutions et de financement provincial. Le droit criminel et l’immigration relèvent du fédéral, mais le Québec peut transmettre les dossiers graves et collaborer avec ses partenaires fédéraux lorsque cela convient. Les législateurs fédéraux agissent déjà dans ce domaine : des projets de loi d’initiative parlementaire dont le Parlement est saisi augmenteraient les peines pour les méfaits visant les lieux de culte (projet de loi C-255) et créeraient une nouvelle infraction pour le vol de biens religieux et culturels (projet de loi C-290). Pour les crimes haineux graves ou les infractions liées au terrorisme, le Québec devrait établir un protocole officiel de renvoi aux autorités fédérales afin que les dossiers soient examinés selon le cadre juridique applicable et que les efforts provinciaux et fédéraux se renforcent plutôt que de se dédoubler.

16. Conclusion

L’antisémitisme n’a pas sa place au Québec. Une société libre et démocratique doit protéger le droit de chaque communauté de vivre sans peur. Cette stratégie ne vise pas à limiter le débat légitime ni l’expression pacifique. Elle trace une ligne claire contre les menaces, l’intimidation, la violence et les actes criminels motivés par la haine, en s’appuyant sur des données, une véritable reddition de comptes et des conséquences concrètes, plutôt que sur de simples aspirations. Dans les limites de ses compétences constitutionnelles, le Québec devrait agir avec fermeté, pragmatisme et sans hésitation pour protéger les Québécois juifs et renforcer la sécurité publique de tous.